Site personnel de Lucien Defawe

Le chemin de fer et la gare de Gouzeaucourt.

Les premières expériences de locomotive et de train eurent lieu en Angleterre avec des balbutiements dès les années 1808 à 1815.
Mais ce n’est qu’en 1825 que l’ingénieur inventeur Stephenson parvint à faire remorquer par sa locomotive, 38 « chariots » à 16 Km/h.

Il perfectionna sa machine et en 1829, la « Rocket » atteignit la vitesse de 46.7 Km/h.
 Ce succès, il le doit également à l’utilisation de la chaudière tubulaire mise au point par l’ingénieur français Marc Seguin en 1827.
 Jusqu’en 1850 l’Angleterre maîtrise la technique du rail, battant record sur record allant jusqu’à des vitesses de 126.500 Km/h, toutes ces machines avaient de grandes roues motrices dont le diamètre maximum était de 3.13 m.

Locomotive 212T, voie de 2.13m, diamètre roues motrices 2.70m                   Locomotive Cornwall qui a atteint la vitesse de 126.5km/h
 

Il y eut aussi le débat sur l’écartement des rails, certains préconisant une largeur de 2.13 m, mais l’écartement standard devint 1.435 m, cette dimension correspondait à l’écartement des roues des chars romains, ces chariots étaient tirés par deux chevaux. Ces chevaux galopaient côte à côte et devaient être espacés suffisamment pour ne pas se gêner. Afin d'assurer une meilleure stabilité du chariot, les roues ne devaient pas se trouver dans la continuité des empreintes de sabots laissées par les chevaux, et ne pas se trouver trop espacées pour ne pas causer d'accident lors du croisement de deux chariots.

En France, la première usine de fabrication de locomotives voit le jour à Arras en 1828, la première ligne sur le territoire français s’ouvrira le 01 octobre 1828 à Saint-Étienne.
En France, le réseau de chemin de fer était constitué par 6 grandes compagnies, et pour ce qui nous concerne « La Compagnie du Nord » est créée le 09 septembre 1845 par James de Rothschild.
Cette dernière ouvrit la première ligne du Nord entre Paris et Douai et Lille le 14 juin 1846.
En 1870, la compagnie des chemins de fer du Nord exploite 1500 Km de voie.
Vers 1875, le réseau national français atteignait environ 25000 km.
C’est en 1938 que fut créée la SNCF qui exploita les lignes du réseau des 5 grandes compagnies restantes.

Les billets de fin de semaine, les billets d'excursion ou de trains spéciaux, sont surchargés d'une diagonale ou d'un losange rouge.

Les billets à destination d'un autre réseau se distinguent en portant l'initiale du réseau de destination (E = Est, O = Ouest, etc.) à coté du numéro de code de la gare d'arrivée dans le dit réseau.

Apparemment, enfin, les billets du NORD n'ont pas subi de modifications sensibles de 1885-1890 à la création de la SNCF, et ils semblent avoir fait preuve d'une remarquable stabilité dans leur graphisme et leur aspect général.

La codification de classification des locomotives se faisait en regardant latéralement la machine en partant de l'avant vers l'arrière et en comptant le nombre d'essieu porteur et le nombre d'essieu moteur (plus grande roue).

Ce qui donnai pour une locomotive avec un essieu porteur avant, trois essieux moteur et deux essieux porteur arrière la classification 132, ce qui correspondait par exemple à une "Adriatic".

Une "Atlantic" portait la classification 221, ce qui correspond à deux essieux porteur avant, deux essieux moteurs et à l'arrière un essieu porteur (le wagon tender attaché à la locomotive n'intervient pas pour le nombre d'essieu).

 

La ligne Cambrai-Epehy, longue de 22 km, fut ouverte le 16 novembre 1876. (Elle appartiendra ensuite a La Compagnie de Picardie et Flandres en 1873, mais en 1879  La Compagnie Nord absorbait la Compagnie Picardie-Flandres).

Vous pouvez télécharger (format rar de fichier jpg compressé) des plans de la gare de Gouzeaucourt:

En 1884 en cliquant ici
En 1889 en cliquant ici
En 1911 en cliquant ici

Les premières locomotives des lignes françaises étaient des Crampton, mais elles furent rapidement remplacées par des « Atlantic Nord » (photo ci-dessous).

La ligne reliait Paris à Cambrai et Gouzeaucourt était la première gare en arrivant dans le département du Nord.

A la fin du 19éme siècle cette ligne (Paris – Cambrai) longue de 195 km, passait par Saint-Just – Mondidier – Roye – Chaulnes – Péronne – Doingt – Cartigny – Tincourt Boucly – Marquaix Hamelet – Roisel – Villers Faucon – Epehy – Gouzeaucourt – Villers Plouich – Marcoing – Rumilly – Cambrai (pour plus de détail, voir le document horaire des trains ci-dessous).

Le trajet entre Paris et Cambrai se faisait en un peu plus de 6 heures, sans compter les arrêts dans les gares de Saint Just et de Chaulnes.

Exemple :

Départ Paris 06h00 du matin arrivée à Saint-Just à 08h14.
Attendre nouveau départ de Saint-Just à 09h25 pour arriver à Chaulnes à 11h57.
Attendre nouveau départ de Chaulnes à 12h25 pour arriver à Cambrai à 14h40.
Soit donc, un temps total de déplacement de 8h40 comprenant une attente dans les gares de 1h39.

Exemple d'un horaire de train:

Par contre, plus tard entre les deux guerres 14-18 et 39-45, 3 heures suffirent pour effectuer le trajet Gouzeaucourt - Paris en direct. Un express, très pratique, quittait Gouzeaucourt vers 07h20 pour arriver dans la capitale vers 10h20.

Le voyageur disposait donc de sa journée à Paris et, vers 19h30 il réempruntait le même convoi en gare du Nord pour être vers 22h30 au village.

 

Les vicissitudes de la gare de Gouzeaucourt pendant les deux guerres.

Pendant la première guerre mondiale, elle a connu une activité considérable. En février 1917, les habitants de la commune et ceux de la plupart des villages voisins ont été évacués par des trains en partance de Gouzeaucourt.
Quelques semaines plus tard, après l’avance alliée d’avril 1917, elle constituait la gare la plus avancée du front britannique dans le secteur. Une des premières tâches fut d’ailleurs de remettre en état la ligne depuis Tincourt jusqu’à Gouzeaucourt.
Ces travaux furent confiés en particulier aux 280 hommes du 11éme Régiment du Génie Américain (11th Engineers) qui perdit 18 hommes tués et d'autres blessés, entre le 5 septembre et le 30 novembre 1917, étant donné la proximité du front. Une partie de la compagnie"F" est faite prisonnière.
C'est d'ailleurs à côté du passage à niveau de Gouzeaucourt que furent tués les deux premiers américains de la 11th Engineers, ils s'agissaient du Sergent Matthew R. CALDERWWOD et du simple soldat William F. BRANIGAN.
Un hommage est également rendu sur le site Internet américain de l'état du Maine concernant le premier soldat de cet état qui est mort en France et à Gouzeaucourt le 30 novembre 1917 et qui appartenait également au 11th Engineers, il s'agit de Harold T. ANDREWS.
Ci-dessous, deux photos extraites de ce site:  http://maine.rr.com/Around_Town/features2002/htandrews/

Il faut savoir que ces hommes n'étaient pas armés, ils disposaient juste de pelles et pioches pour réparer la voie de chemin de fer. Lors de l'attaque du 30 novembre, les allemands enfoncèrent les lignes Britanniques du commandant Bynd et les troupes britanniques se sont sauvées... Harold T. Andrews (d'après le récit d'un de ses compagnons) a pris une arme laissée par les britanniques et il riposta aux allemands, mais il fut tué dans la bataille, il venait d'avoir 24 ans.                                                                

Bon nombre de ces hommes du 11th Engineers sont enterrés dans le cimetière de Bony (02420 - Bellicourt), voir le site de Bony à l'adresse: http://www.abmc.gov/cemeteries/cemeteries/so.php
Dans la chapelle de ce cimetière, figure les noms de 5 hommes du 11th Engineers dont les corps n'ont jamais été retrouvés.

Le campement de ce régiment était situé près de Fins et vous trouverez sur la carte Américaine d'époque ci-dessous, le trajet qu'ils effectuaient pour venir réfectionner les voies à Gouzeaucourt, en support des soldats Anglais.

Des hommes du 11th Engineers (Railway) U.S.A (principalement de New-York)

Le 30 novembre 1917, à l’issue de la bataille de Cambrai, elle est reconquise de haute lutte par un bataillon de la Garde (Irish Guards). La légende veut que l’ardeur de ces Irlandais ait été motivée par la présence en gare d’un train chargé de rations de rhum dans des bouteilles en grès marquées SRD (Service Ration Depot traduction la plus probable) d’une contenance d’environ 4,5 litres, soit 1 (UK) gallon, ce qui était la contenance pour 64 rations/homme.

Rudyard Kipling, l'auteur du "Livre de la jungle", s'en défend dans l'ouvrage "The Irish Guards in the Great War", mais toujours est-il que cette nuit là, les gardes et quelques prisonniers de la 9ème Division Bavaroise de Réserve dansèrent gaiement la gigue dans la gare et dans les rues du village.

Pendant la seconde guerre mondiale, la gare avait gardé son importance stratégique.

Le vendredi 17 mai 1940, un train de munitions Français, chargé entre autres d'obus de 105, est bombardé par l'aviation allemande, il explose et brûle pendant plusieurs.

Vers le 20 août 1944, l'avance anglo-américaine se fait sentir, un train de troupes et un train de munitions allemands sont stationnés à la gare. Les américains mitraillent le train de munitions qui part en fumée, ne causant aucunes victimes parmi la population.

Pour rappeler tous ces évènements de guerre, il y avait une plaque de marbre dans le hall de la gare, à la mémoire de Monsieur Borel, cheminot tué à son poste de travail, près du passage à niveau, lors du mitraillage de la gare le 17 mai 1940.

Ouvertures et fermetures des lignes (archives SNCF).

Chef de gare:         1914    Deneuvillers
                                1923    Lemaire
                                1934    Baledent
                                1939    Boulier
                                1946    Dussart
                                1953    Bertin
                                1957    Bertin
                                1964    Perdriel
                                1971    Galland

Conducteur:          Cany Léon 34 ans en 1894
                                Michel Louis 40 ans en 1894
                                Cany Augustin 43 ans en 1891

Chauffeur:            Belmer Anselme 44 ans en 1897

Employé:              Cany Arthur Pierre 32 ans en 1899
                               Devraine Léon Arsène 24 ans en 1900

Selon le dénombrement de 1931 de la commune de Gouzeaucourt, il y avait aussi:
Empl. ch. de fer:   Barbare Albert
                                Capelle Alfred
                                Cuvelier Auguste
                                Delcroix Henri
                                Devillers Ernest
                                Gimonet Pierre
                                Hombert Alphonse
                                Lecocq Ernest
                                Legrand Georges
                                Micmande Achille
                                Péru Ferdinand
                                Boulier Lucien (chef de gare) déjà renseigné ci-dessus.

 

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